Centre Iannis Xenakis

A propos de Iannis Xenakis

Portrait de Iannis XenakisPhoto © Phillipe Gontier

Iannis Xenakis est né en 1922 à Braila (Roumanie), au sein d’une famille grecque. Il passe ses années estudiantines à Athènes où il achève des études d’ingénieur civil à l’École Polytechnique. Il s’engage dans la Résistance Grecque d’abord contre l’occupation allemande pendant la Deuxième Guerre mondiale, puis contre l’occupation britannique (guerre civile). En 1947, après une terrible blessure au visage et une période de clandestinité, il fuit la Grèce et arrive en France comme refugié politique. Il travaille pendant douze ans avec Le Corbusier (1947-1959), d’abord en tant qu’ingénieur, puis en tant qu’architecte (Couvent de la Tourette, Pavillon Philips de l’Expo universelle de Bruxelles de 1958, célèbre pour ses paraboloïdes hyperboliques autoportantes et où fut créé le Poème électronique de Edgard Varèse).

En musique, il suit l’enseignement d’Olivier Messiaen. Puis, il décide de rompre avec cette voie et d’emprunter un chemin compositionnel plus « abstrait » qui combine deux éléments : d’une part, des références à la physique et aux mathématiques ; d’autre part, un art de la plastique sonore. Les scandales de ses Metastaseis (1953-1954) et de Pithoprakta (1955-1956), qui renouvellent entièrement l’univers de la musique orchestrale, le hissent au niveau d’alternative possible à la composition sérielle, grâce à l’introduction des notions de masse et de probabilité, ainsi que de sonorités faites de sons glissés, tenus ou ponctuels. C’est également l’époque de ses premières expériences de musique concrète où, entre autres, il ouvre la voie du granulaire (Concret PH, 1958). Son premier livre, Musiques formelles (1963), révèle ses applications scientifiques et mathématiques à la musique–qui vont des probabilités (Pithoprakta, Achorripsis, 1956-1957) à la théorie des groupes (Herma, 1960-1961) en passant par la théorie des jeux (Duel, 1959 ; Stratégie, 1962)–ainsi que des algorithmes et ses premières utilisations de l’ordinateur (programme et œuvres ST, 1956-1962).

Durant les années 1960, la formalisation prend de plus en plus l’allure d’une tentative de fonder la musique (au sens de la crise des fondements en mathématiques), notamment avec l’utilisation de la théorie des groupes (Nomos alpha, 1965-1966). En revanche, avec Eonta (1963-1964), c’est le modèle du son qui est parachevé. La décennie suivante est marquée par l’envolée utopique des Polytopes (Polytope de Montréal, 1967 ; Polytope de Persépolis, 1971 ; Polytope de Cluny, 1972-1974 ; Diatope, 1977-1978 ; Polytope de Mycènes, 1978), prémices d’un art multimédia technologique caractérisé par des expériences d’immersion pour le public. Avec les « arborescences » (Erikhthon, 1974) et les mouvements browniens (Mikka, 1971), Xenakis renoue avec la méthode graphique qui lui avait fait imaginer les glissandi de Metastaseis, méthode qu’il utilise également avec l’UPIC, premier synthétiseur graphique, avec lequel il compose Mycènes Alpha (1978).

Durant les années 1980, les processus compositionnels de Xenakis devienent progressivement plus intuitifs. Encore marquée par les débordements énergétiques (Shaar, 1982, Rebonds , 1987-1988) ou les recherches formelles (« cribles » - engendrant des échelles non-octaviantes - dans pratiquement toutes les œuvres, automates cellulaires dans Horos, 1986), sa musique devient aussi de plus en plus sombre (Kyania, 1990). Ses dernières œuvres (Ergma, 1994, Sea-Change, 1997) évoluent dans un univers sonore très épuré et dépouillé. La dernière, composée en 1997, s’intitule d’après la dernière lettre de l’alphabet grec (O-Mega). Xenakis est mort le 4 février 2001 à Paris.